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Je n’oublierai jamais ma rencontre avec Mère Marie du Rosaire dans la grande classe qui donnait sur la "marquise" comme nous disions à Saint-Alyre. C’était en 3e.
J’étais nulle en latin, et je pris un intérêt soudain à cette matière enseignée par une religieuse dont les yeux bleus, de chaque côté d’un nez pointu un peu long dans un visage à la peau fine et blanche, nous scrutaient avec une perspicacité que je dirai aujourd’hui bienveillante mais qui nous paraissait très sévère.
Rosa, Dominus, Civis, Res, gérondif, supin, passif, subjonctif, si rébarbatifs dans la vieille grammaire Petitmangin, devinrent vite un jeu dans ce carnet à spirales et à couverture rouge* où chaque règle était écrite, expliquée et rabâchée avec des exemples si simples. Oh rien n’était négligé et la moindre incartade vite sanctionnée, mais de façon juste, et il fut nécessaire d’apaiser les parents en expliquant qu’un cinq de la Rose, pardon, de Mère Marie du Rosaire, valait bien un dix dans une autre classe. Un contre-sens coûtait cher !
Quelques semaines plus tard fascinée par cette femme intelligente, je réclamais de commencer le grec. Elle releva le défi de plus d’une année de retard et ce fut un nouvel enchantement, d’autres déclinaisons, d’autres verbes et leurs pièges. Après Cicéron, Tacite ou Virgile, Xénophon et Homère bercèrent mes soirées… Cerise sur le gâteau, j’eus 18 en grec au bac!
Avec Mère Marie du Rosaire, j’ai bâti une solide culture car tout était prétexte à citation, à explication et à découverte. Et encore n’ai-je pas noté, trop insouciante à l'époque, au jour le jour toute cette richesse qui m’aura nourrie consciemment ou inconsciemment toute ma vie d’universitaire! Encore bien longtemps après que j’eusse quitté les bancs de ces classes heureuses, je ne faisais jamais appel en vain à Mère Marie du Rosaire pour retrouver l’auteur d’une citation ou m’aider à déchiffrer un texte découvert près de mes chères peintures.
Vraiment, je souhaite à tous les écoliers du monde de faire une telle rencontre. Vous vous en êtes allée ce matin, mais je souhaitais vous dire « Merci ma mère, je ne vous oublierai pas ! ».
*Le carnet a spirales est toujours dans ma bibliothèque.
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