Mercredi 31 août 2011 3 31 /08 /Août /2011 12:30

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Issue d’une famille passionnée par l’histoire, auteur de romans historiques, j’ai évidemment été nourrie d’Alexandre Dumas qui « faisait de beaux enfants à l’histoire », ou de Maurice Druon et de ses Rois maudits, en passant par Ivanhoé, Quo Vadis ou Guerre et Paix. Puis Ken Follett, Umberto Eco ou Max Gallo ont  renouvelé le genre et connu des succès révélateurs de l’intérêt d’un large public.

De solides études d’histoire et d’histoire de l’art m’ont confortée dans ce plaisir de connaître « nos ancêtres les gaulois » et d’autres, de découvrir telle ou telle civilisation, tel ou tel personnage qui parfois avait fait basculer l’histoire, de Clovis à Napoléon ou De Gaulle en passant par Aliénor d’Aquitaine, Blanche de Castille, Philippe Le Bel, Henri IV, Louis XV, Christophe Colomb, Marco Polo, Laurent le Magnifique ou Catherine de Médicis…

Puis professeur d’histoire de l’art médiéval à l’Université, je tutoyais sans cesse la grande discipline voisine. Comment parler d’art carolingien sans évoquer Charlemagne ? Comment parler de l’art des cathédrales sans connaître Philippe Auguste ou saint Louis ? Comment aussi faire comprendre une évolution artistique sans repères chronologiques ?

Le monde entier nous envie cette histoire si riche d’un pays qui fut construit peu à peu par des souverains ambitieux, d’un pays qui partit à la conquête du monde, jouant son rôle dans les futurs États-Unis,  en Afrique ou en Asie où nos ancêtres avaient élargi leurs horizons. Une histoire faite d’épopées humaines qui valent bien Batman et d’autres héros contemporains que je respecte évidemment.

Encore une fois l’enseignement de l’histoire est remis en question. Certes les programmes ne doivent pas être fixés pour l’éternité, mais les dernières directives montrent que nous franchissons un nouveau pas vers l’abandon de l’enseignement d’un passé dont nous n’avons pas à rougir.  De grâce ne sacrifions pas l’histoire de France même pour découvrir les « civilisations extra-européennes » fort intéressantes certes, mais n’y sacrifions pas Clovis, Louis XIV ou Napoléon ! Alors on nous dit que nos « héros » tels qu’ils étaient présentés relevaient d’image d’Épinal. Quand bien même, où serait le crime ? Si mes maîtres m’ont appris la grande histoire, c’est bien souvent la petite histoire faite d’anecdotes qui m’a permis de la retenir. Comment oublier la Révolution vécue presque heure par heure grâce à l’enseignement d’Albert Soboul dont je ne partageais pas pourtant l’idéologie ? Quelle richesse dans ces évènements qui faisaient basculer la France dans un nouveau monde et dont l’étude épisode après épisode, homme après homme, nous permettait de comprendre le sens général! Où est le mal à évoquer Henri IV et la poule au pot, Sully et « labourage et pâturage » ? Une collégienne, qui entre dans quelques jours en 5e, interrogée sur ce roi, a répondu spontanément : « oui, il a été assassiné dans son taxi, enfin son taxi de l’époque » !!! Disons avec indulgence que c’est mieux que rien.

Je dis non à une histoire désincarnée, qui effacerait de grands pans d’une histoire d’hommes avec des vies et des actions capables de soulever des émotions, des admirations, voire aussi des rejets. Je dis non à cet enseignement qui semble avoir honte de notre histoire. Je dis non à l’aberration d’une histoire sans dates, ni repères. Je dis non à ces nouveaux programmes.  

Je dis oui à une histoire objective, avec ses parts d’ombres et de lumières, une histoire qui offre à nos enfants et petits-enfants le sens de l’épopée et peut-être la passion de notre pays. En « oubliant »  bêtement de fêter la victoire d’Austerlitz en 2005, Jacques Chirac a contribué à affaiblir notre mémoire collective,  encore mise à mal par cette énième réforme des programmes d’histoire. Et puis,  « l’histoire est une garantie d’intégration » écrit Didmitri Casali, auteur d’un livre à lire absolument « Altermanuel d’histoire de France » (Perrin).  Voilà un beau gage pour l’avenir qu’on ne peut préparer sans connaître le passé.  

Illustration: Les Grandes Chroniques de France, Jean Fouquet, Sacre de Charlemagne.

Par Anne Courtillé
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