Jeudi 16 avril 2009
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Mon regard d’historienne a été choqué par l’étrange texte qui illustre le terme de croisades dans la rubrique « histoire » du site Internet de la Mairie de Clermont-Ferrand. Le voici : « C’est à
Clermont que naquit l’idée de croisade, mouvement d’enthousiasme sans pareil regroupant riches et pauvres, hommes du nord et hommes du sud, liés par un idéal chrétien, source d’une véritable
identité. Ce fut aussi le point de départ de l’idéologie de conquête, du refus de l’autre qui allait aboutir quelques siècles plus tard à l’asservissement du Nouveau Monde ». J’aurais lu de tels
propos dans une copie d’étudiant, cela n’aurait pas manqué de m’inspirer un certain nombre de remarques, que je souhaiterais livrer en déplorant que, sur un site dit d’information par les
responsables de la Mairie, de tels approximations et amalgames soient mis en ligne. Tout d’abord le mot « croisade » n’existe pas en 1095 et il sera question de « voyage outre-mer » pour qualifier
ces expéditions, pendant tout le Moyen Age. D’accord pour l’enthousiasme et la participation de tous sans distinction avec un dénominateur commun, la religion chrétienne. Mais comment faire
démarrer à cette époque là l’idéologie de conquête » ? N’est-ce pas oublier des antécédents célèbres des Perses, des Grecs ou surtout, plus proches de nous, des Romains ? Ou encore l’extraordinaire
Hégire qui commence en 622 et amène les Musulmans jusqu’à Poitiers en 732? L’homme est ainsi fait qu’il part souvent à la conquête d’autres terres ou d’autres civilisations, ce qui sera évidemment
l’origine des expéditions de Christophe Colomb et leur suite. Est-ce forcément le refus de l’autre qui motiva ces expéditions. N’y a-t-il pas eu des curiosités des uns et des autres ? C’est sans
doute beaucoup plus compliqué… Et que ce soit l’hégire ou les « croisades », si elles furent incontestablement marquées par des épisodes sanglants et regrettables, elles furent aussi l’occasion
d’échanges économiques, sociaux ou culturels sur lesquels nos civilisations actuelles vivent encore, notamment autour des échanges orient-occident et autour de la Méditerranée. Enfin cette étrange
formule « l’asservissement du Nouveau Monde ». Quelle signification, sinon une orientation douteuse vers une histoire erronée ? Nul n’est tout blanc, ni tout noir et il faut se garder de ces
raccourcis historiques qui sacrifient une vérité infiniment plus complexe.
Par Anne Courtillé
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