Les facteurs sont bien chargés cette semaine avec ces grandes enveloppes qui nous apportent les professions de foi des
candidats à la Présidentielle. Bien que saturés d’informations, sans doute faut-il y prêter quelque attention, car leur présentation n’est pas innocente et sans doute bien révélatrice…
Il y a le club des « Je » et les autres.
Les autres, d’abord Jean-Luc Mélenchon, dont la photo sur fond rouge indique une sérieuse mise en scène. Il ne dit jamais
« je », organisant ses propositions assez artificiellement pour qu’elles s’articulent en trois colonnes : Liberté, Égalité, Fraternité. Il n’oublie pas que le but suprême est de
« chasser Nicolas Sarkozy, sa politique et ses amis ». Révolution rime avec planification, interdiction avec titularisation avec en prime le temps des cerises…
Eva Joly, qui a chaussé ses lunettes vertes, n’utilise pas davantage le « je », peut-être tout simplement parce qu’elle n’est qu’une
candidate de substitution, dont ses amis font une marionnette. D’ailleurs en dernière page ses aimables copains, qui disent tant de bien d’elle, sont en photo comme les gardiens du temple qu’ils
ont grand regret de lui avoir confié pour quelques mois. Enfin, ses textes en colonne sont ponctués de vert pour faire écolo.
Philippe Poutou n’utilise pas le « je » dans un texte fort ennuyeux. Il s’ennuie, a-t-il déclaré, mais il nous ennuie beaucoup aussi et
sa formule terminale « vous voulez dégager Sarkozy et la droite » est-elle vraiment celle d’un travailleur qui vivrait comme nous ? Des augmentations d’impôts pour les uns,
des augmentations de salaires pour les autres, l’interdiction des licenciements, la création de 1 millions d’emplois, le retour à la retraite à 60 ans sont les perles d’un
programme où ne figure aucun plan de financement, sinon prendre dans la poche des uns pour donner aux autres et exterminer patrons et riches.
Jean Cheminade n’utilise pas davantage le « je ». Il s’abrite derrière une belle formule de Jaurès tirée de « Défaillance
cérébrale », récuse l’utopie, désigne les ennemis, les banques, avec quelques références d’un autre temps, « féodalisme », « cheval de Troie » pariant avec un bel
optimisme sur la culture de nos concitoyens. Bel effort avec une phrase inoubliable : « Notre politique nationale et notre politique internationale doivent marcher du même pas »…
Comme si de fait, ce n’était pas une réalité quotidienne de notre Président !
Nicolas Dupont-Aignan nous invite à libérer la France en utilisant un impératif qui le libère d’abord du
« je». « Libérons-nous de l’Europe des banquiers », « Libérons-nous de la vie chère »… Puis il y a des « je veux… » pour se donner l’air, mais sans
résultat. Une profession de foi à son image, lisse, jeune homme bien sous tous rapports, mais qui ne vous donne vraiment pas envie de voter pour lui. Trop appliqué, que ferait-il pour défendre
notre pays dans le tourbillon international ?
Nathalie Arthaud commence par deux « je », puis le « je » s’estompe dans un long discours dont il a fallu
passer au stabilo jaune les passages importants car rien n’est vraiment mis en valeur tant ont été accumulées les propositions ou les déclarations d’intention sur un vieil air de déjà
entendu. Nathalie Arthaud a même réduit sa photo pour augmenter la surface de texte. Rivalisant avec l’allié du PC, Mélenchon, elle s’intitule aussi « une candidate
communiste », donnant l’impression qu’on s’arracherait cette idéologie qui a abouti à tant d’échecs! Comme si nos concitoyens avaient la mémoire courte…
Si François Hollande alterne des « je » avec d’autres formes impersonnelles, le « je » domine et suivi de
verbes au futur. Le futur, tiens, alors que son slogan est « le changement c’est maintenant ». Aveu du doute ? Le changement serait plutôt pour demain, voire après-demain ?
Son « maintenant futur » est en tout cas une succession de propositions coûteuses comme construire 2,5 millions de logements (sociaux, privés, financés comment ?), 60000 postes
supplémentaires dans l’éducation (financés comment ?). Souvenons-nous que la vieille formule « on rasera gratis demain » est aussi au futur.
François Bayrou, le plus souriant, est un des champions du « je », soit suivi du futur, soit du verbe vouloir « je veux ».
Contrairement à Hollande qui a déjà oublié les premières mesures qu’il avait distillées à plaisir récemment, Bayrou consacre une moitié de page à « Mes premières mesures ». Pour
quelqu’un qui a beaucoup critiqué la gouvernance de Nicolas Sarkozy, il se jette un peu partout. J’ai évidemment apprécié « le Grenelle de l’Éducation », en espérant qu’il soit plus
performant que du temps où il était ministre !
Marine Le Pen est une autre championne du « je » le plus souvent suivi de « vais », « je vais… je vais… », un futur
donc un peu nuancé. Futur proche disent certains grammairiens, futur incertain répondent d’autres… Je vais, je vais… dans un joli méli-mélo de propositions sans priorité, où l’on notera que
l’Éducation est placée en avant-dernier. Marine Le Pen donne le sentiment qu’elle s’occuperait de tout, à la manière de ce Nicolas Sarkozy qu’elle a tant critiqué. Elle reprend la formule éculée
de son père UMPS pour critiquer UMP et PS.
Pardonnez-moi de terminer par mon champion, Nicolas Sarkozy, qui décline la France Forte, en utilisant peu le « je ». Comme toujours
depuis longtemps, et la campagne n’a rien changé, il apparaît nettement au-dessus de la mêlée avec des thèmes qu’il a défendus pendant cinq ans. Protection, unité, sécurité, identité, autorité,
responsabilité, énergie, protection du travail, solidarité, Europe… Un discours où les valeurs de la France, nos valeurs, sont placées haut, très haut. « J’ai besoin de vous, aidez- moi à
construire la France Forte ».
Ces professions de foi, fort instructives, méritent qu’on s’y intéresse vraiment. Bonne lecture pour un choix réfléchi, l’enjeu est de
taille !
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